par le Dr Sam Ward / Clinique Saint-Jean de Bruxelles, chef du service d'urologie – Medi-sphère
L'hyperplasie bénigne de la prostate (HBP) et les symptômes qui y sont associés comptent parmi les diagnostics les plus courants posés par l'urologue. Des études antérieures montrent que plus de la moitié des hommes présentent au moins un symptôme de troubles du bas appareil urinaire (TBAU), dont la prévalence augmente avec le vieillissement de la population, et que la majorité des hommes de plus de 70 ans développent une HBP/TBAU (1).
Une hypertrophie de la prostate n’est pas en soi une indication de traitement ; ce sont plutôt les symptômes et leur impact sur la qualité de vie (QoL) qui amènent les patients à consulter un urologue. Bien que bon nombre de ces symptômes puissent être légers, ils ont généralement dépassé le seuil de gêne au moment où un homme se présente chez l’urologue. Alors qu’on pensait initialement que le problème principal lié à l’HBP était exclusivement dû à une obstruction de la voie urinaire (OVU), nous savons désormais que les troubles mictionnels du bas (LUTS) sont plus complexes et impliquent à la fois des problèmes de vidange et de stockage. Nous appelons cela les symptômes de « vidange » et de « stockage ».
La référence en matière d'évaluation des symptômes du bas appareil urinaire (LUTS) est le score international des symptômes prostatiques (IPSS), qui a fait l'objet d'une validation approfondie et qui prend en compte à la fois les troubles de la miction et ceux de la rétention (par exemple, l'hyperactivité vésicale). Bien que le soulagement des symptômes et la perception qu’a le patient de l’efficacité du traitement soient intrinsèquement subjectifs, une amélioration du score de 4 points est souvent considérée comme une amélioration significative chez la plupart des hommes (2). La tenue d’un journal mictionnel s’avère particulièrement utile (et peu coûteuse) pour distinguer les troubles de la miction et de la rétention des cas de polyurie nocturne (miction nocturne représentant plus de 60 % du volume total). Dans ce journal, on note la fréquence des mictions, la capacité vésicale, les habitudes de vie, l’urgence mictionnelle, etc. On demande au patient de le remplir pendant au moins deux jours consécutifs.
Lors du traitement de n’importe quelle pathologie, il est important de poser le bon diagnostic et, surtout, de prescrire un traitement ayant le moins d’effets secondaires possible sur la qualité de vie. Une qualité de vie optimale est en effet la raison principale pour laquelle les hommes consultent un médecin. C’est pourquoi un traitement par phytothérapie est souvent proposé en premier lieu. Mais existe-t-il une justification (suffisante) à cela ?
Phytothérapie
Les extraits végétaux constituent depuis longtemps le traitement le plus couramment utilisé pour les symptômes du bas appareil urinaire (LUTS) et l'hypertrophie bénigne de la prostate (HBP). Les préparations disponibles sont composées de racines, de graines, de pollen, d'écorce ou de fruits. Il existe deux types de préparations à base de plantes : les préparations simples (monopréparations) et les préparations combinées. Les phytostérols, le β-sitostérol, les acides gras et les lectines sont des composés potentiellement pertinents. Les extraits végétaux peuvent avoir divers effets in vitro. On observe à la fois des propriétés anti-inflammatoires, anti-androgènes et œstrogéniques, ainsi qu’une diminution de la protéine SHBG (globuline liant les hormones sexuelles). De plus, les extraits végétaux peuvent également inhiber les récepteurs α-adrénergiques, la 5α-réductase, les récepteurs muscariniques de l'acétylcholine, les récepteurs de la dihydropyridine et les récepteurs vanilloïdes.
Les effets de ces composés in vivo sont inconnus, tout comme le mécanisme d'action exact des extraits végétaux.
Une revue de la littérature, accordant une attention particulière aux études contrôlées à long terme (durée ≥ 6 mois) et aux recommandations issues des directives sur l'HBP, a été publiée en 2007 dans la prestigieuse revue *European Urology*, véritable référence en matière de recherche scientifique en urologie. Seul un petit nombre des études disponibles répondait aux critères définis par la conférence de consensus de l’OMS sur l’HBP. Les rares études à long terme contrôlées par placebo (durée ≥ 6 mois) suggèrent un effet positif de certains extraits (palmier nain, β-sitostérol, ortie, association palmier nain/ortie) sur les symptômes du bas appareil urinaire (LUTS), tandis qu’aucun effet cohérent n’a pu être démontré sur le débit urinaire, le résidu post-mictionnel, le volume prostatique et le PSA. En raison de l’absence d’études prospectives, celles-ci ne peuvent, selon les recommandations de l’OMS sur l’HBP, se substituer à des études prospectives. Aucune des recommandations actuelles sur l’HBP ne préconise les extraits végétaux, mais elles concluent toutefois à l’unanimité qu’il s’agit d’une approche intéressante. Nous pouvons donc en conclure que des études prospectives supplémentaires, conformes aux normes de l’OMS, sont nécessaires pour déterminer le rôle des extraits végétaux dans la prise en charge actuelle des LUTS ainsi que leur fiabilité (3).
Antagonistes alpha-adrénergiques ou « alpha-bloquants »
Les muscles lisses de la prostate réagissent à une stimulation alpha-adrénergique en augmentant la résistance de l'urètre prostatique. On peut induire une relaxation en bloquant cette stimulation, ce qui réduit la résistance de l'orifice vésical. Le fait que la prostate et la vessie contiennent principalement des récepteurs alpha-1 explique pourquoi nous disposons d'un large éventail d'antagonistes sélectifs. Bien que la plupart des alpha-1-bloquants actuels soient bien tolérés, ils provoquent des effets indésirables au niveau de la prostate et à l’échelle systémique en raison du blocage alpha. Les patients peuvent généralement présenter une éjaculation rétrograde, une rhinite et une hypotension orthostatique. La vessie contient des récepteurs alpha, ce qui peut expliquer pourquoi les symptômes de l’hyperactivité vésicale (HAV) sont moins marqués. Bien que la physiologie exacte de ce phénomène soit inconnue, on suppose qu’il est lié à un blocage alpha qui augmente le débit sanguin au niveau du détrusor (4).
Le premier alpha-1-bloquant sélectif testé fut la prazosine, qui s’est révélée efficace, mais qui nécessitait une administration deux fois par jour (5). La prazosine n’est plus utilisée pour traiter les symptômes du bas appareil urinaire (LUTS), mais, fait intéressant, elle a trouvé une place dans le traitement du syndrome de stress post-traumatique. La doxazosine et la térazosine sont des alpha-1-bloquants sélectifs administrés une fois par jour ; elles nécessitent généralement une période d’ajustement posologique pour atteindre la dose thérapeutique complète et ne sont pas souvent utilisées comme traitements de première intention (6,7). La doxazosine n’est pas disponible en Belgique.
La tamsulosine est probablement l'alpha-1-bloquant le plus connu. Elle est non seulement sélective sur les récepteurs alpha-1, mais également urosélective, ce qui lui permet d'assurer un bon contrôle des symptômes avec un minimum d'effets indésirables. En général, vous pouvez vous attendre à un soulagement des symptômes dans les quelques jours à une semaine suivant le début du traitement. La tamsulosine a fait l'objet d'études approfondies et s'est avérée capable de réduire le score IPSS d'environ 9,5 points (8). Elle est généralement prescrite à la dose de 0,4 mg, de préférence 30 minutes après le même repas chaque jour.
Démarquez-vous
L'alfuzosine et la silodosine sont des agents urosélectifs complémentaires pouvant être administrés une fois par jour et dont l'efficacité a également été démontrée. La silodosine peut s'accompagner d'effets indésirables sexuels plus graves, mais présente un risque moindre d'hypotension orthostatique (9-11).
Que faire en cas de rétention urinaire aiguë ?
Souvent, les alpha-bloquants sont également prescrits après une rétention urinaire aiguë. Lors de la mise en place d'un traitement par alpha-bloquants après une rétention urinaire aiguë, les recommandations de l'AUA préconisent de poursuivre le traitement pendant au moins trois jours avant d'envisager le retrait de la sonde transurétrale (12). Il reste bien sûr important de traiter également les causes sous-jacentes (infection urinaire, fécalome, etc.).
Que faut-il retenir d'autre au sujet des bêtabloquants ?
Il est toutefois important d'informer les patients qu'à tout moment après le début d'un traitement par alpha-1-bloquants, ils présentent un risque accru de développer un syndrome de l'iris flasque lors d'une opération de la cataracte. Ce risque a en effet été constaté même plusieurs années après l'arrêt du traitement par alpha-1-bloquants ; par conséquent, tout patient ayant pris des alpha-1-bloquants pendant un certain temps peut être exposé à ce risque (13).
Inhibiteurs de la 5-alpha-réductase
L'HBP est presque exclusivement régulée par la dihydrotestostérone (DHT). Le volume de la prostate diminue en raison de la suppression de la DHT. La 5-alpha-réductase stéroïdienne transforme la testostérone en DHT. L'organisme possède deux isoenzymes : la 5-alpha-réductase stéroïdienne de type 1 (principalement présente dans les tissus extraprostatiques) et la 5-alpha-réductase stéroïdienne de type 2 (principalement présente dans les tissus prostatiques).
Les deux inhibiteurs de la 5-alpha-réductase (5ARI) disponibles sont le finastéride, un inhibiteur sélectif de la 5-alpha-réductase stéroïdienne de type 2, et le dutastéride, un inhibiteur non sélectif des deux isoenzymes. Ces médicaments atténuent considérablement les symptômes en agissant sur l'expression hormonale au niveau de la prostate. Les patients doivent s'attendre à un délai d'environ trois à six mois avant de constater des changements. De plus, les résultats seront généralement meilleurs chez les patients présentant une prostate plus volumineuse. C'est au bout de neuf mois que l'on obtient les meilleurs résultats (14).
Le finastéride et le dutastéride ont fait l'objet d'études approfondies, tant dans le cadre d'essais indépendants que d'études comparatives, et se sont révélés efficaces pour réduire les scores IPSS et diminuer le volume de la prostate d'environ 30 % (15,16). Il n'existe aucune différence entre ces deux médicaments en termes de résultats ou d'effets indésirables. Les effets indésirables sont généralement bien tolérés et comprennent des troubles de l’érection (8,1 %) ; une baisse de la libido (6,4 %), des troubles de l’éjaculation (0,8 %) et une gynécomastie (0,5 %), qui semblent tous survenir au cours de la première année de traitement. Ce point doit faire l’objet d’une discussion approfondie avec le patient. Les andrologues sont souvent réticents à prescrire ce type de traitement aux jeunes patients. Des études ont montré que l’incidence des effets indésirables n’augmente pas avec la durée du traitement, à l’exception des troubles de l’éjaculation, qui s’aggravent en cas de traitement prolongé (17).
Qu'en est-il du « syndrome post-finastéride » ?
De plus en plus souvent, les patients signalent la persistance de symptômes après la prise d’inhibiteurs de l’alpha-réductase ; il s’agit du « syndrome post-finastéride », caractérisé par des effets indésirables d’ordre sexuel et une humeur dépressive qui persistent malgré l’arrêt du traitement, quelle que soit la durée de celui-ci. La physiopathologie de ce phénomène reste incertaine et constitue un domaine de recherche actuel (18).
L'étude MTOPS a démontré la sécurité et l'efficacité d'un traitement combiné associant un inhibiteur de la 5-ARI et un antagoniste alpha-1, les hommes présentant une progression moindre des symptômes sous traitement combiné par rapport à la monothérapie. Les hommes ayant pris du finastéride seul ou en association ont présenté une diminution de la rétention urinaire aiguë et du recours à une intervention chirurgicale par rapport à la doxazosine en monothérapie (16). On suppose qu’à mesure que les hommes vieillissent, la croissance de leur prostate se poursuit et entraîne une pression urétrale supérieure à ce que l’inhibiteur de la 5-ARI peut compenser, ainsi qu’une diminution de la relaxation musculaire induite par l’antagoniste alpha-1 (16) ; il convient toutefois de toujours noter qu’à mesure que les hommes vieillissent, ils peuvent développer davantage de comorbidités médicales qui les rendent plus vulnérables à la rétention urinaire, indépendamment de leur HBP.
L'utilisation controversée des 5ARI est associée à une réduction des pertes sanguines prostatiques liées à l'HBP, que ce soit en cas d'hématurie macroscopique avec rétention de caillots ou en préopératoire avant une résection transurétrale de la prostate (RTUP). Bien qu’il existe des preuves anecdotiques importantes en faveur de cette utilisation, les données fondées sur des preuves font défaut (19) ; toutefois, certaines études suggèrent que même des traitements de courte durée, de l’ordre de 4 à 6 semaines, par des 5ARI peuvent être cliniquement significatifs (20). D’après certaines observations anecdotiques, certains urologues maintiendraient leurs patients sous 5ARI jusqu’à plusieurs semaines après une TURP et les prescriraient de manière empirique à toute personne présentant une hématurie macroscopique et des symptômes du bas appareil urinaire (LUTS).
Anticholinergiques
Le muscle détrusor de la vessie est innervé par des fibres parasympathiques et sa régulation s'effectue par l'intermédiaire des récepteurs muscariniques, qui contrôlent à leur tour la capacité vésicale et les contractions involontaires du détrusor, ce qui peut contribuer aux symptômes du bas appareil urinaire liés au stockage (LUTS). En les inhibant à l'aide d'antagonistes des récepteurs muscariniques (anticholinergiques), nous pouvons réduire les contractions involontaires du détrusor, ce qui se traduit par une meilleure capacité de stockage urinaire (et donc une diminution de la fréquence des mictions). Étant donné que nous inhibons les contractions du détrusor, il existe un risque théorique de rétention urinaire, en particulier chez les patients présentant des symptômes du bas appareil urinaire (LUTS) de type « mictionnel » (22).
L'oxybutynine, la solifénacine, le chlorhydrate de propivérine et la tolterodine comptent parmi les quatre anticholinergiques les plus prescrits. Bien qu’ils jouent un rôle chez les patients présentant uniquement des symptômes de vessie hyperactive, les patients atteints d’HBP présentent souvent une combinaison de symptômes du bas appareil urinaire (LUTS) liés à la miction (voiding) et au stockage (storage). C’est pourquoi les anticholinergiques ne sont souvent pas utilisés en monothérapie, car des études ont montré que cela pouvait s’avérer beaucoup moins efficace qu’un traitement combiné (23).
Bien que la rétention urinaire aiguë (RUA) soit souvent citée comme effet indésirable des anticholinergiques, les taux d’incidence réels de la RUA rapportés dans la littérature sont relativement faibles, probablement de l’ordre de 0,3 % (24). En général, un seuil de VRP de 200 cc est utilisé comme contre-indication relative à l'instauration d'un traitement anticholinergique, qui doit bien sûr être interrompu si un patient développe une RUA. Si un patient développe une RUA, on n'essaie généralement pas d'autre anticholinergique. Les effets indésirables les plus courants sont la sécheresse buccale, la constipation et une vision trouble. Il est important de noter que les effets indésirables sur le système nerveux central (SNC), tels que la confusion et le délire, sont plus fréquents chez les hommes âgés et ceux présentant des troubles neurologiques préexistants ; ces médicaments doivent donc être utilisés avec prudence. Certaines données suggèrent que les effets indésirables sur le SNC varient en fonction du médicament ; une étude montre ainsi que l’oxybutynine entraîne des effets indésirables sur le SNC plus graves que la darifénacine (25).
Le traitement combiné associant des anticholinergiques et des antagonistes alpha-1 s'est révélé efficace avec de nombreuses associations médicamenteuses différentes. La tamsulosine et la toltérodine à libération prolongée ont chacune été étudiées en monothérapie, en traitement combiné et comparées à un placebo. Le traitement combiné s’est avéré offrir la réduction la plus significative des symptômes, avec une diminution plus importante des troubles de la vessie de stockage, sans effet sur les taux de rétention urinaire (23). Ce résultat est corroboré par une méta-analyse de plusieurs études portant sur différentes combinaisons d’anticholinergiques et d’antagonistes alpha-1, qui confirment que les patients présentant des symptômes du bas appareil urinaire (LUTS) liés à la rétention urinaire constatent une diminution significative de leurs symptômes sans augmentation des taux de rétention urinaire, ce qui suggère qu’il faudrait traiter plus de 100 patients par traitement combiné pour provoquer un cas supplémentaire de rétention urinaire (26).
Inhibition de la phosphodiestérase de type 5
Les inhibiteurs de la phosphodiestérase de type 5 (PDE5i) sont surtout connus pour le traitement de la dysfonction érectile (DE) en raison de leur effet vasodilatateur, obtenu en bloquant la dégradation du GMPc et en favorisant la production d'oxyde nitrique. Les patients sous PDE5i ont signalé une diminution des symptômes du bas appareil urinaire (LUTS). Bien que le mécanisme général à l'origine de ce phénomène reste flou, les hypothèses avancées incluent une oxygénation accrue de la vessie et de la prostate, ainsi qu'un éventuel relâchement du col vésical et des muscles lisses prostatiques (27,28). La dysfonction érectile et les symptômes du bas appareil urinaire coexistent souvent chez les hommes vieillissants ; un médicament capable de traiter ces deux affections serait donc idéal pour cette population.
Le sildénafil a été le premier inhibiteur de la PDE5 à faire l’objet d’études (29) et des recherches complémentaires ont montré que, chez les hommes présentant un score IPSS initial supérieur à 10, la prise de sildénafil en moyenne deux fois par semaine était associée à une diminution statistiquement significative de 4,6 points du score IPSS (30). Compte tenu de la prise « à la demande » du sildénafil, ce schéma thérapeutique peut s’avérer difficile à respecter pour les hommes, ce qui est encore aggravé par la mauvaise absorption du sildénafil, qui doit donc être pris à jeun. Ainsi, bien que la diminution des symptômes du bas appareil urinaire (LUTS) puisse être considérée comme un avantage supplémentaire potentiel, un médicament plus stable serait préférable pour le traitement primaire des LUTS.
C'est là que le tadalafil présente un avantage, car il a une demi-vie beaucoup plus longue dans l'organisme et peut être pris quotidiennement. Après que l'efficacité du tadalafil dans la réduction des symptômes du bas appareil urinaire (LUTS) a été démontrée (31), une étude randomisée contrôlée visant à déterminer la dose optimale a été menée, dans laquelle des doses quotidiennes de 2,5, 5, 10 et 20 mg de tadalafil ont été testées pendant une période de 12 semaines. Tous les hommes ont présenté une diminution de l’IPSS, mais une dose quotidienne de 5 mg s’est avérée présenter le profil bénéfice-risque le plus favorable (32). À l’heure actuelle, le tadalafil à la dose de 5 mg par jour est le seul inhibiteur de la PDE5 (PDE5i) approuvé par la FDA et l’EMA pour le traitement de l’HBP/des LUTS. Il est recommandé de le prendre chaque jour à la même heure ; il peut être pris avec ou sans nourriture. Bien que la dose de 5 mg soit la plus courante, elle peut être ajustée chez les hommes présentant une dysfonction érectile réfractaire ou des symptômes du bas appareil urinaire.
Les effets indésirables du tadalafil sont généralement bien tolérés par la plupart des hommes et comprennent des maux de tête, des bouffées de chaleur, une dyspepsie, une congestion nasale, des myalgies et des douleurs dorsales. Le profil d'effets indésirables est similaire à celui du sildénafil ; toutefois, les myalgies et les douleurs dorsales peuvent être plus fréquentes avec le tadalafil (33). Étant donné que le tadalafil ne présente pas les effets indésirables liés au dysfonctionnement éjaculatoire des alpha-bloquants, il peut constituer un traitement de première intention plus intéressant chez les hommes plus jeunes qui accordent la priorité à leur fonction sexuelle.
Bien que le tadalafil n'ait pas fait l'objet d'études aussi approfondies dans le cadre de traitements combinés que les médicaments d'autres classes, une méta-analyse récente (34) portant sur l'association tamsulosine-tadalafil a montré des résultats très positifs, démontrant que ce traitement combiné entraîne une amélioration de l'IPPS (principalement grâce à une amélioration des symptômes liés à la miction), une augmentation du Qmax, ainsi qu’un effet atténuant sur le dysfonctionnement éjaculatoire induit par la tamsulosine en monothérapie lorsqu’elle est administrée en association. L’étude a toutefois noté qu’un plus grand nombre de patients avaient dû interrompre le traitement en raison d’effets indésirables dans les groupes recevant le traitement combiné. De manière générale, le tadalafil et la tamsulosine peuvent être recommandés aux patients, mais il est nécessaire de discuter de la possibilité d’une aggravation des effets indésirables et d’envisager un plan d’urgence prévoyant un retour à la monothérapie.
Agonistes bêta-3-adrénergiques
Les récepteurs bêta-3-adrénergiques sont présents dans la vessie et leur activation entraîne un relâchement des muscles lisses du détrusor. En activant ces récepteurs, on peut détendre la vessie et inhiber ses microcontractions, ce qui se traduit par une augmentation de la capacité de stockage et une diminution des symptômes du bas appareil urinaire (LUTS) liés au stockage (35). Des études animales suggèrent que les bêta-3-agonistes induisent également une relaxation de l'urètre (36), ce qui offre une explication physiologique possible au soulagement des symptômes du bas appareil urinaire (LUTS) liés à la miction. Étant donné que les bêta-3-agonistes utilisent un mécanisme d'action totalement différent de celui de leurs homologues anticholinergiques, ils permettent de traiter les symptômes du bas appareil urinaire (LUTS) liés au stockage avec un profil d'effets indésirables différent.
Le mirabegron est le principal agoniste bêta-3 disponible, et bien qu’il ait été initialement étudié chez les hommes et les femmes atteints d’hyperactivité vésicale (HAV), certaines données spécifiques portent sur l’utilisation de ce médicament chez les hommes souffrant d’hypertrophie bénigne de la prostate (HBP) et de troubles de la miction. Le mirabegron a été comparé à la solifénacine et s’est avéré offrir un soulagement comparable de l’urgence mictionnelle, de la fréquence mictionnelle et de l’incontinence (37)/ Les doses de 50 mg et 100 mg de mirabegron n’ont pas entraîné de modification par rapport au placebo en termes d’aggravation de l’hyperplasie bénigne de la prostate (HBP), car la pression du détrusor et le débit urinaire maximal des patients sont restés inchangés par rapport au placebo. Les patients ont présenté une diminution de la fréquence et de l’urgence mictionnelle lors de l’utilisation du mirabegron (38).
Bien que le mirabegron soit bien toléré, des études antérieures ont montré qu’il pouvait entraîner une augmentation de la pression artérielle systolique ; il doit donc être évité chez les patients souffrant d’hypertension difficile à contrôler. De plus, la pression artérielle du patient doit être surveillée lors de la mise en place du traitement et de l’ajustement de la posologie.
Le vibegron a obtenu en 2020 l'autorisation de la FDA pour le traitement de l'hyperactivité vésicale (HAV) et a démontré des résultats prometteurs ainsi qu'un bon profil de sécurité ; l'essai clinique EMPOWUR, qui comparait le vibegron à la toltérodine à libération prolongée, a montré une meilleure réduction de l'incontinence par impériosité et une diminution comparable de l'urgence mictionnelle (39). L'étude a été prolongée jusqu'à 40 semaines et a démontré une sécurité et une efficacité durables (40). Le vibegron fait actuellement l'objet d'études en vue de son utilisation dans le traitement de l'HBP associée à des symptômes du bas appareil urinaire (LUTS) liés à la rétention. Une demande d'autorisation a été déposée et le vibegron pourrait bientôt être disponible en Belgique.
Que faire si les médicaments ne sont pas suffisamment efficaces ?
Bien que le traitement médicamenteux constitue souvent la première étape, une intervention chirurgicale peut s'avérer nécessaire chez les patients qui ne répondent pas au traitement médicamenteux ou qui présentent des symptômes graves ou des effets indésirables liés aux traitements classiques. Les principales interventions chirurgicales comprennent :
- Résection transurétrale de la prostate (RTUP) : la référence en matière de traitement chirurgical de l'HBP, consistant à retirer l'excès de tissu prostatique. Entièrement remboursée en Belgique. Éjaculation rétrograde.
- Énucléation de la prostate au laser à holmium (HoLEP) : une technique efficace et moins invasive pour les prostates de grande taille. Entièrement remboursée en Belgique. Éjaculation rétrograde.
- REZUM® : une technique récente qui utilise la thérapie par vapeur pour réduire le volume du tissu prostatique. Pour l'instant, elle n'est plus entièrement remboursée en Belgique. Seul l'appareil est remboursé. Il n'existe plus de numéro de nomenclature pour cette technique. L'éjaculation rétrograde est extrêmement rare.
- Nouvelles options très récentes : des procédures telles que l'iTind®, l'Aquablation® et l'Optilume® constituent de nouvelles techniques prometteuses, moins invasives et visant à accélérer la convalescence.
- Urolift® : une intervention mini-invasive consistant à utiliser des implants pour écarter les lobes de la prostate. Bien que cette technique soit moins couramment pratiquée en Belgique, elle peut constituer une bonne option pour certains patients.
Que faire ?
En raison du large éventail de classes de médicaments et de produits pharmaceutiques dans chaque catégorie, les traitements varient d’un urologue à l’autre. Cette variabilité souligne l’importance d’une approche personnalisée, dans laquelle le traitement est adapté aux besoins et aux préférences spécifiques du patient. Il est essentiel de prendre en compte les effets indésirables potentiels des traitements choisis et de prendre, en collaboration avec le patient, une décision mûrement réfléchie qui vise non seulement à soulager les symptômes, mais aussi à préserver la qualité de vie. En effet, pour de nombreux hommes, l'éjaculation peut encore revêtir une certaine importance. Un accompagnement bien réfléchi est donc nécessaire et garantit toujours une approche personnalisée.
N'hésitez jamais à demander conseil à un urologue. Si vous souhaitez orienter un patient vers un spécialiste, demandez-lui de tenir un journal mictionnel. Cela aide énormément.
Points clés
– Les symptômes du bas appareil urinaire (LUTS) peuvent être quantifiés à l’aide de l’IPSS, ce qui permet un suivi plus objectif des symptômes au cours des traitements. – Les antagonistes alpha-1 urosélectifs (tamsulosine, alfuzosine, silodosine) sont bien tolérés et constituent des traitements de première intention efficaces contre les LUTS. – Les inhibiteurs de la 5-alpha-réductase (par exemple, le finastéride, le dutastéride) sont des médicaments à action lente, indiqués chez les hommes présentant une hypertrophie prostatique importante, et se sont avérés efficaces pour réduire le nombre de cas de rétention urinaire. Les inhibiteurs de la 5-alpha-réductase constituent des traitements efficaces, en monothérapie ou en association, chez les hommes présentant une hypertrophie prostatique importante et/ou une rétention urinaire. – Les anticholinergiques sont idéaux pour un traitement combiné chez les patients présentant des LUTS de stockage réfractaires, avec généralement un faible risque de développer une rétention urinaire aiguë chez les hommes dont le volume vésical résiduel (PVRS) de base est inférieur à 200 cc. – Les patients présentant des LUTS et des troubles de l’érection peuvent commencer par un traitement quotidien à base de tadalafil. – Les patients doivent être conscients qu’à mesure qu’ils vieillissent, leur traitement actuel peut devenir insuffisant et qu’ils devront peut-être passer à des traitements combinés ou envisager une intervention chirurgicale.